Il y a un moment, dans la préparation d’une naissance, où l’on se retrouve devant un mur de peluches sans trop savoir lequel deviendra le doudou. Celui qui sera mâchouillé, traîné, oublié dans une voiture, retrouvé en larmes, lavé cent fois. Deux noms reviennent presque systématiquement dans les rayons et sur les listes de naissance : Jellycat, la maison britannique connue pour ses peluches ultra-douces et ses formes un peu absurdes, et Steiff, le fabricant allemand centenaire qui a littéralement inventé l’ours en peluche moderne à la fin du XIXe siècle. Elles n’ont ni le même toucher, ni le même prix, ni la même vocation.
Steiff, l’artisanat qui traverse les générations
Fondée en 1880 par Margarete Steiff, la maison badeoise est à l’origine du concept même d’ours en peluche articulé, popularisé dès 1902-1903, à l’aube du XXe siècle. Chaque animal Steiff porte encore aujourd’hui le fameux bouton doré dans l’oreille, une signature de fabrication qui n’a pas changé depuis plus d’un siècle. Le mohair et la laine cardée restent la marque de fabrique des modèles haut de gamme, avec un coût de production qui se ressent forcément sur l’étiquette.
C’est une peluche pensée pour durer, presque pour se transmettre. Elle est souvent choisie comme peluche de collection plus que comme doudou de tous les jours, tant certains modèles en mohair demandent un entretien délicat, incompatible avec un lavage en machine hebdomadaire.
Jellycat, la texture pensée pour être serrée fort
Jellycat, créée à Londres en 1999, a fait un pari inverse : une texture ultra-moelleuse, des couleurs pastel, des formes parfois improbables (un radis souriant, une pieuvre géante), et surtout une matière pensée pour être manipulée sans retenue par un tout-petit. Le rembourrage est souple, le tissu résiste bien aux lavages réguliers, et le format « comforter » (le petit carré de tissu avec une tête d’animal) est devenu un classique des listes de naissance françaises.
C’est une peluche du quotidien : elle se lave, se traîne, se remplace si besoin sans déchirer le cœur des parents ni le budget.
Le marché de l’occasion et de la collection
Autre différence notable : un Steiff ancien peut prendre de la valeur, certains modèles vintage se négociant plusieurs centaines d’euros chez des collectionneurs, quand un Jellycat reste avant tout un objet de consommation courante, produit en grande série et sans véritable marché de la revente au-delà d’un usage entre particuliers. Ce n’est pas un détail anodin pour une famille qui envisage d’offrir « un objet qui aura du sens » plus tard : un Steiff, entretenu correctement, garde un intérêt patrimonial qu’un Jellycat n’a pas vocation à avoir.
Comment reconnaître un vrai Steiff
Le marché de la contrefaçon et des imitations bon marché s’est développé autour du succès de la marque. Quelques repères permettent de vérifier l’authenticité d’un modèle Steiff : le bouton dans l’oreille, toujours métallique et gravé du nom de la marque, jamais collé ou imprimé ; une étiquette tissée cousue dans la couture, et non pas un simple carton suspendu ; des coutures particulièrement soignées, sans fil qui dépasse. Un modèle vendu à un prix nettement inférieur à celui pratiqué habituellement par la marque doit alerter, surtout sur les plateformes de revente entre particuliers où les copies circulent.
L’entretien au quotidien, en pratique
Pour un Jellycat, un lavage en machine à 30°C dans un filet à linge, séchage à l’air libre plutôt qu’au sèche-linge, suffit généralement à conserver la texture d’origine sur plusieurs années. Pour un Steiff en mohair, l’entretien est plus délicat : un dépoussiérage régulier à la brosse douce, un nettoyage ponctuel à sec effectué par un professionnel en cas de tache importante, et surtout l’évitement de tout lavage en machine qui risquerait de feutrer irrémédiablement la fibre. C’est un entretien qui demande de l’attention, cohérent avec la vocation de l’objet, pensé pour durer plutôt que pour un usage intensif quotidien.
Ce que dit la réglementation
Les deux marques respectent la norme européenne de sécurité des jouets, qui encadre la solidité des coutures, l’absence de petites pièces détachables pour les moins de trois ans et la non-toxicité des colorants. C’est un point de vigilance à vérifier systématiquement sur l’étiquetage, quel que soit le fabricant : la DGCCRF rappelle régulièrement l’importance de ce marquage CE et de l’âge minimum conseillé, en particulier pour les peluches à petits éléments cousus (yeux, boutons, breloques).
Comparatif rapide
| Critère | Steiff | Jellycat |
|---|---|---|
| Matière | Mohair, laine cardée, coutures artisanales | Peluche synthétique très douce, rembourrage léger |
| Entretien | Nettoyage délicat, souvent à sec pour les modèles mohair | Lavable en machine à 30°C pour la plupart des modèles |
| Budget | À partir de 40-50 € pour un petit modèle, bien plus pour les pièces de collection | Généralement entre 15 et 35 € selon la taille |
Le format « comforter », un cas à part chez Jellycat
Beaucoup de familles découvrent Jellycat via son format le plus vendu en liste de naissance : le comforter, un petit carré de tissu doux muni d’une tête d’animal brodée. Sa taille réduite, pensée pour être glissée dans une poche de sac à langer, et sa légèreté en font un doudou particulièrement adapté aux premiers mois, quand un objet trop volumineux resterait difficile à manipuler pour un nourrisson qui commence tout juste à saisir les choses. C’est aussi un format qui se remplace facilement en cas de perte, la plupart des références restant disponibles plusieurs années au catalogue.
Alors, lequel choisir pour un premier doudou
Si l’objectif est un doudou du quotidien, mâchouillé et lavé sans état d’âme, Jellycat coche toutes les cases : texture adaptée aux petites mains, prix raisonnable, lavage simple. Si l’envie est plutôt de marquer une naissance avec un objet qui traversera les décennies, éventuellement transmis à son tour, un Steiff a un sens différent, plus proche de l’objet précieux que du jouet de tous les jours.
Beaucoup de familles font les deux : un Jellycat pour les nuits et les trajets, un Steiff posé sur l’étagère, regardé plus que manipulé. Rien n’empêche de mixer les approches selon le budget et l’usage réel qu’en fera l’enfant, qui de toute façon décidera souvent tout seul lequel devient le doudou.
Pour prolonger la réflexion sur le choix des premiers objets de l’enfant, notre rubrique puériculture et bébé détaille aussi les indispensables du quotidien, doudou compris.




